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Un tableau représentant la crucifixion enlevé du tribunal de Metz
Un immense tableau du peintre Théodore Devilly représentant la crucifixion du Christ trônait depuis 1866 dans le palais de justice de Metz. Il en a enfin été enlevé pour être exposé à l’église abbatiale de Saint-Avold, suite à une décision du garde des sceaux, Pascal Clément. En septembre 2000, un rideau épais avait été tendu devant cette peinture afin de le dérober au regard des justiciables, sous la pression d’un avocat, Me Daniel Delrez, parti en croisade avec le soutien de la Libre Pensée contre ce qui lui semblait causer une "atteinte intolérable au principe constitutionnel de laïcité".
Ce fut aussi une manière de se prémunir contre d’éventuels recours et d’éviter les incidents d’audience. Quelques mois plus tôt, les avocats du tueur en série Francis Heaulme n’avaient-ils pas obtenu le renvoi de son procès, après que le président des assises, peut-être inconsciemment inspiré par le tableau suspendu au-dessus de lui, avait invoqué le "pardon de Dieu" en encourageant l’accusé à avouer son crime ?
"Prétendre qu’il s’agit d’une oeuvre d’art alors qu’elle incarne la toute-puissance de l’Eglise est au mieux une cécité, au pire de la mauvaise foi", triomphait Me Delrez au moment du camouflage, saluant la "victoire de la République sur l’obscurantisme local".
Amère défaite pour les membres du collectif de défense de La Crucifixion, qui s’était constitué en réaction. Prise en grippe par les tenants d’une laïcité stricte, la toile de Devilly était devenue pour eux le symbole de la défense du droit local - rendues à la France en 1918, la Moselle et l’Alsace annexées ont échappé à la séparation de l’Eglise et de l’Etat et sont restées sous régime concordataire.
D'après l'article de Nicolas Bastuck, pour Le Monde, 31 juillet 2006
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