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Les travaux de la mosquée étaient sans doute illégaux

par Vincent Buche
source : journal SUD-OUEST (16-02-2007)


Curieux attelage, hier matin devant le tribunal administratif de Poitiers, pour contester une délibération du conseil municipal de La Rochelle. Sur le même banc avaient pris place Jean-Marc de Lacoste-Lareymondie, secrétaire départemental du Front national, et Jean-Louis Larraux, président de la Libre Pensée de Charente-Maritime. L'un comme l'autre ont déposé une requête contre deux délibérations du conseil municipal rochelais organisant les travaux de réalisation d'une seconde salle de prière à la mosquée du 32 avenue de Berne.

Si Jean-Marc de Lacoste requérant en tant que « contribuable rochelais », avec dix autres habitants de la commune savoure avec un sourire gourmand ce rapprochement fortuit avec la Libre Pensée, dont tout a priori le sépare, Jean-Louis Larraux semble un peu plus gêné aux entournures : « Nous n'avons naturellement rien à voir avec le Front national. Mais la loi de 1905, c'est la loi de 1905 ».

Précisément, c'est le non-respect de la loi portant séparation des églises et de l'Etat qui a conduit la ville de La Rochelle devant la justice. Le 12 septembre 2005, le conseil municipal autorise le maire à désigner les cinq entreprises devant réaliser les travaux de réfection de l'ancien château d'eau, propriété municipale, pour offrir aux musulmans du département la seconde salle de prière dont ils ont besoin. Immédiatement, le préfet réagit au nom du contrôle de légalité : il demande au maire de La Rochelle de retirer cette délibération illégale. L'article 2 de la loi de 1905 stipule en effet que « la République ne subventionne aucun culte ».

Le préfet suggère cependant au maire de faire passer une nouvelle délibération dans laquelle les travaux (270 000 euros hors taxes) seraient justifiés au titre de la sécurité des locaux accueillant du public. Ce qui est fait le 12 décembre suivant, par une délibération modifiant la première. Hier matin, le commissaire du gouvernement, dont les conclusions sont très généralement suivies par le tribunal, a été on ne peut plus clair. Les deux délibérations contestées n'en font qu'une et constituent « une violation patente de la loi, en dépit du ravaudage de décembre ». Dans quinze jours, le tribunal administratif devrait donc annuler les deux délibérations. Visiblement ravi à la sortie de l'audience, Jean-Marc de Lacoste-Lareymondie, candidat FN aux législatives à La Rochelle, lançait : « Ma campagne commence bien ! » et indiquait qu'il envisage d'engager de nouvelles poursuites contre la ville, les travaux illégaux étant depuis longtemps réalisés.

Vincent Buche
journal SUD-OUEST (16-02-2007)