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La France anti-laïque









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Des religieux à la chambre de commerce de Limoges

source : LE MONDE.fr (6/03/07)

L'initiative est diversement appréciée. Mi-février, le président de la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Limoges et de la Haute-Vienne, Jean-Pierre Limousin, a décidé d'accueillir comme conseillers techniques des représentants des quatre principales communautés religieuses du département.

L'avis de ces experts catholique, israélite, musulman et protestant serait sollicité sur des sujets socio-économiques. "Nous leur avons demandé d'assister à nos travaux pour connaître leurs préoccupations, d'apporter leur expertise dans certains domaines et de créer les conditions du dialogue, pour qu'en cas de problème nous puissions rapidement trouver des solutions", a déclaré M. Limousin au Populaire du Centre, le 19 février.

Aujourd'hui, le président de la CCI ne souhaite plus s'exprimer pour ne pas attiser la controverse. Car les réactions sont vives. Une "expérience incongrue", écrit la Ligue des droits de l'homme de Limoges. "Dangereuse", selon le tout nouveau collectif Alerte laïcité, constitué d'une cinquantaine de personnes (enseignants, chefs d'entreprise, agriculteurs, étudiants, syndicalistes). Dans une lettre ouverte, son porte-parole, Bernard Desbals, président fondateur de l'université de Limoges, en appelle au préfet pour "casser cette décision" prise par "un établissement public administratif de l'Etat soumis au respect de la loi de 1905".

La décision a été votée à l'unanimité des élus de la CCI présents lors de l'assemblée générale du 16 février et saluée par les intéressés. "C'est la première fois que le monde du travail s'ouvre aux religions", se félicite le vice-président du conseil régional du culte musulman (CRCM) du Limousin, Okacha Ben Ahmed Daho. Et de citer des situations où le conseiller musulman pourrait "avoir un rôle de conciliateur" : jeûne du ramadan aux heures de travail, jour de l'Aïd el-Kébir. Le CRCM n'a pas encore choisi son expert.

Jacques Nadam, président du consistoire israélite de Limoges, a en revanche déjà nommé un médecin retraité à ce poste : "Il s'agit d'être consulté, pas de faire pression, ça ne va pas plus loin. La décision revient entièrement à la CCI." Chez les catholiques, c'est un prêtre qui a été désigné par Christophe Dufour, évêque du diocèse de Limoges. "Cette initiative reconnaît les religions comme des réalités sociales, se réjouit-il, et favorise la rencontre en direct dans une société qui se cloisonne et se communautarise."

Pour M. Desbals, cette reconnaissance des cultes relève au contraire d'une "dérive communautariste". Loin de clore le débat, le collectif Alerte laïcité envisage de renforcer son action dans les prochains jours.

Hélène Pommier

Lettre ouverte d’un citoyen
par le collectif « ALERTE LAICITE»

La CCI de Limoges, le 16/02/2007 a recruté comme « conseiller technique » ou « expert » un représentant des quatre principales communautés religieuses du département. Cette initiative originale, une première en France, a été accueillie favorablement par l’évêque catholique, par le président du consistoire israélite, par le pasteur de l’église réformée et le président du comité régional du culte musulman. Ils auraient pour mission « d’apporter leur expertise dans certains domaines et de créer les conditions du dialogue en cas de problème » le président de la CCI motivant son initiative en faisant référence aux émeutes de novembre 2005 à Paris… (Le Populaire du Centre du Lundi 19/02/2007)

Ainsi je suis heureux d’apprendre les nouvelles missions de la CCI :

  • Introduire l’expertise théologique dans ses débats car, si je ne me trompe, la compétence fondamentale des religieux, leur « expertise », est quand même le discours sur leurs dieux et leur foi … la CCI veut-elle introduire dans sa réflexion et ses décisions les questions posées par les différentes morales révélées de ces religions tant pour les comportements alimentaires, sexuels ou vestimentaires ?
  • Substituer au pouvoir régalien de la République dans le maintient de l’ordre, substituer au pouvoir de police des élus de la République à la tête des Cités (des Villes) un pouvoir de maintient de l’ordre qu’elle confirait aux religieux (quel pouvoir et avec quelle légitimité ?) En outre l’analyse des émeutes de novembre 2005 à Paris, émeutes qui motivent cette initiative, selon une grille ethnique, religieuse et communautariste me paraît bien peu pertinente.
Par ailleurs cette initiative, la première en France (sic), me paraît contrevenir au statut de la CCI, établissement public administratif de l’Etat, à la Loi et à la Constitution de la République Française.

La Loi, c’est celle de Séparation des églises et de l’Etat de décembre 1905 qui dans son article 2 affirme que « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ».

> Or reconnaître de fait quatre cultes en les introduisant dans cette assemblée est un acte exorbitant du droit ! Reconnaître quatre cultes, c’est les distinguer parmi d’autres cultes qui existent dans notre département. Quels seraient alors, bien que cet aspect soit dérisoire par rapport à votre manquement à la Loi, les critères de discriminations ? Aspects qualitatifs, aspects quantitatifs, validité de la croyance ? Quelles compétences a la CCI pour juger des cultes alors que la République constitutionnellement s’interdit toute reconnaissance des religions car incompétente dans le domaine du spirituel ?

Cette initiative a deux conséquences graves :

La première est le non respect de la Constitution de la Ve République qui affirme que la République est laïque et donc que l’Etat et toutes ses institutions dont la C.C.I., doivent respecter la neutralité à l’égard de toutes les religions et de tous les cultes.

La deuxième conséquence est de reconnaître de fait cette dérive de la démocratie qu’est le communautarisme. Puis-je rappeler que la République ne reconnaît que des citoyens libres et égaux en droits. Je suppose que dans l’assemblée de la CCI, élus et cooptés, représentants de catégories socio - professionnelles légalement bien définies, ont, chacun dans leur intimité, des philosophies, des religions ou absence de religions et des choix politiques, sociaux et culturels qui couvrent l’étendue de la diversité de pensée de tous nos concitoyens. Réserver à des communautés religieuses une fonction, altère gravement la représentativité citoyenne de la CCI dans la Cité, validité consacrée par les deux ministères de tutelle et met cette assemblée en défaut par rapport à son statut.

La C.C.I., respectueuse de la Constitution et de la Loi de la République, doit avoir la sagesse de rester dans le domaine de compétence qui est le sien et ne doit pas se perdre dans une dérive communautariste en contradiction avec la Constitution ce qui ne pourrait que dégénérer en des affrontements toujours plus violents.

Citoyens, il est de notre devoir, chacun selon sa fonction dans la cité et son attachement à la République, de s’élever contre cette atteinte à la laïcité de l’Etat.

Pour le collectif Alerte Laïcité (www.alertelaicite.org/
Bernard DESBALS, Professeur émérite des Universités,
Alain PUECH
Jean-Marie BRINGER
Fred PICARD
Jean Christophe HEMERY